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REDACTION: Gilbert Bereau, PHOTOS: Jean Paul Passeron.

Le ‘Festival Jazz & Blues’ est généralement le premier évènement des ‘Scènes d’été en Gironde’, un label attribué à une série de spectacles sélectionnés avec soin par le département. Mais ‘les scènes d’été’ doivent démarrer à partir du 1er juin, première contrainte; aussi incontournable était la seconde, les 11 et 18 juin étaient des journées électorales mobilisant les ‘Halles de Gascogne’, le site du festival. Les organisateurs n’avaient donc d’autres choix que le weekend de Pentecôte, lequel n’est pas le meilleur moment pour attirer le public des grandes villes, sauf, bien sûr, celui des cités de villégiature …

Jeudi 1er juin : Alexis Valet sextet au centre culturel Gilles Pezat de Beautiran.
Le concert d’ouverture du festival avait été confié à un jeune musicien de jazz qui conduit un sextet depuis un instrument de moins en moins présent sur les scènes, un vibraphone. A une telle évocation tout le monde sursaute et voit défiler des images de Lionel Hampton, Milt Jackson, Red Norvo ou Gary Burton. Mais les

trois premiers sont partis au tournant du millénaire et le dernier avoisine les 75 ans … vous reste-t-il beaucoup de noms célèbres sous le coude ? C’est pourtant l’instrument que s’est choisi le jeune percussionniste Alexis qui fonde son sextet en 2015 avec lequel il remporte le ‘Tremplin Action Jazz’ de l’association bordelaise du même nom dès le début 2016. Le temps passe et la composition du sextet d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle des débuts, on retrouve ce soir une poignée de jeunes musiciens de talent, soit Simon Chivallon (piano), Olivier Gay (trompette), Jonathan Bergeron (saxo alto), Tom Peyron (batterie) et un élément de charme avec Nolwenn Leizour à la contrebasse. Le concert démarre sur une longue intro de piano pour «Chich Taouk», une recette libanaise concoctée par Jonathan qui a fait la part belle aux cuivres. Ils vont poursuivre avec la seule reprise du concert, «Blues Jonjon» empruntée à l’album ‘Jazz Racine Haiti’ du saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz Bart. Ce titre laisse plus de place au vibraphone d’Alexis et si la belle sonorité de l’instrument inciterait à baisser les

paupières, ressaisissons-nous pour admirer valse des maillets au bout de ces mains expertes. Les morceaux sont très longs, les solos succèdent aux solos pour des compositions d’Alexis («Apple terror» ; «6.3») ou d’Olivier («Yaoundé» ; «Here is that hopeful day»). Le groupe nous a offert du jazz très moderne mais qui reste swinguant et qui, dès lors, peut plaire à un public bien plus large que prévu à la lecture des teasers. Le rappel sera l’occasion d’un solo de tous les musiciens mais le premier pour les instrumentistes de la section rythmique, Nolwenn à la contrebasse et Tom qui a été un spectacle à lui tout seul tout au long du show au travers de ses mimiques, de son port de tête qui ont enchanté le public … et probablement ses petits camarades. Une soirée dont on sort satisfait, encore plein de musique dans la tête dont on voudrait bien qu’elle ne s’échappe pas trop vite. Au ‘Tremplin Action Jazz’ 30/1/16

Vendredi 2 juin : première soirée phare aux ‘Halles de Gascogne’ de Léognan : du jazz  Sarah Lenka vidéo: https://youtu.be/P1t2kDe9VA8
C’est traditionnel, la soirée du vendredi est consacrée au jazz; pour cette édition, elle est entièrement dédiée au jazz vocal et à des chanteuses. Autant dire que le blues, voire le folk, ne sera jamais très loin. Les premiers artistes à prendre possession de la scène sont ceux du Sarah Lenka Quintet. Sarah, est une chanteuse française qui a très fortement impressionné public et spécialistes ces dernières années. Elle a probablement toujours envisagé une carrière artistique obtenant une admission aux Beaux-Arts encore toute jeune. Mais elle a tout plaqué pour s’installer en Angleterre, parfaire sa pratique de
la langue et, comme il est d’usage à vingt berges, accessoirement faire la fête. Installée à Londres, elle finit par s’inscrire à la ‘London Music School’ et se faire les dents en chantant dans différents groupes aux styles variés. C’est là-bas qu’un jour elle découvre une voix qui la remue jusqu’au plus profond des tripes, celle de Billie Holiday … sa route est alors tracée  ! Retour en France quelque cinq ans plus tard, du travail, des rencontres qui marquent, encore du travail et ce sera deux premiers albums salués par la critique. Le tout dernier opus, ‘I don’t dress fine’ a vu le jour à l’automne dernier et elle nous le présente ce soir. C’est un hommage à la grande Bessie Smith, laquelle a touché Sarah car, dit-elle, «elle ne faisait rien comme les autres, et surtout pas rentrer dans le rang». Bessie, une vie de ‘bâton de chaise’, mais première vedette de blues et du jazz sur le disque et surnommée ‘l’impératrice du blues’, que voilà donc une tâche qui en aurait fait fuir plus d’une ! ! ! Ce soir, Sarah se présente sur scène, avec sa longue tresse blonde côté droit et vêtue avec recherche d’une magnifique mini-jupe verte et d’un boléro noir; comment vous dire qu’elle fait bien plus jeune et fragile que son âge … que je ne vous révèlerai pas ! Elle est accompagnée par ses complices de l’album, soit Camille Passeri (trompette), Fabien Mornet (dobro, banjo), Taofik Farah (guitare acoustique) et Manu Marches (contrebasse); ce dernier a, un jour, débuté dans les plaines de notre beau sud-ouest. Camille et Fabien ont aussi choisi de se mettre sur leur 31 et arborent de magnifiques nœuds paps tandis que le guitariste garde une tenue manouche. Ils attaquent cet hommage à Bessie Smith par «Do your duty» et d’entrée on perçoit la personnalisation de ce répertoire.  

Il est difficile de comparer des sonorités enregistrées entre 1923 et 1933 avec celles de nos jours, mais d’entrée il est clair que les voix n’ont rien de comparable et celle de Sarah possède un timbre bien particulier, troublant. C’est une voix un peu acidulée comme un bonbon anglais et d’ailleurs tout aussi agréable ; elle est cependant puissante et saura tour à tour se faire enjôleuse ou triste. La majorité des chansons seront longuement présentées par la belle, ainsi «Outside of that», au commentaire peu à la gloire des hommes. Bien plus que chez Bessie, les titres sont souvent introduits délicatement grâce au talent de tous ces jeunes musiciens. Si Bessie a pu se targuer d’avoir été accompagnée par quasiment tout le ‘who’s-who’ du jazz naissant - Louis Amstrong, James P. Johnson, Tommy Ladnier ou Coleman Hawkins entre autres - le talent des musiciens de Sarah est tout à fait surprenant eut égard à leur jeunesse. Ils sont dans le registre acoustique d’un folk-blues teinté de jazz où le maître mot est l’émotion. Lorsqu’elle chante, Sarah bouge peu autour de son micro, elle semble fragile et exprime beaucoup avec les mains; par contre, elle a un contact très facile avec le public. Ils vont nous dérouler l’album et les morceaux défilent, Camille bouche ou débouche sa trompette tandis que Fabien jongle entre dobro et banjo. On a remarqué «Take it right back» interprété en trio alors que basse et trompette entraînaient le public aux claquements de mains. Et toutes ces chansons retrouvent une bien belle fraîcheur pour ceux qui connaissent leur Bessie Smith sur le bout du doigt, comme si elles semblaient avoir été faites pour Sarah. Les mêmes fin 2016 («Sing sing prison blues»).

Beau et Chaud, cette antistrophe belge définit bien la météo du jour, et après cette belle première partie de soirée, un passage au bar s’impose !
La seconde partie de soirée a été confiée à une jeune artiste newyorkaise, chanteuse/pianiste … ou l’inverse. Champian Fulton est la star montante de la scène jazz vocal de la côte est des US. Cependant véritable ‘Okie’, elle a grandi bercée par le jazz dans une famille baignée par la musique, en particulier grâce à un père trompettiste et ami de Clark Terry. Au piano dès 5 ans avec sa grand-mère, elle a aussi appris batterie et trompette ! ! ! C’est une presque encore adolescente qui vient s’installer à New York en 2003 pour continuer à travailler le piano; en particulier dans un conservatoire où les grands pianos Steinway sont disponibles jour et nuit. Respectueuse de l’héritage du jazz traditionnel elle avoue des influences à rechercher chez une majorité des grands pianistes mais avec une révélation particulière lorsqu’elle a découvert Errol Garner. Pourtant, il en est un qui n’est jamais cité dans ses bios ou interviews, mais je garantis avoir vu ses yeux briller lorsque nous en avons parlé, et c’est Ray Bryant. Côté chant, sa première héroïne fût Dinah Washington, vite rejointe par Sarah Vaughan et Billie Holiday. En dépit de son jeune âge, elle a eu une production discographique soutenue avec sept albums en dix ans. Beaucoup de reprises de standards, célèbres ou obscurs, ont marqué la première partie de sa carrière avec peu d’instrumentaux. L’avant-dernier album est un hommage à Dinah Washington, à écouter ‘After dark’ dit-elle … et c’est le titre. Son dernier opus, encore tout frais, est entièrement instrumental avec
des compositions de la belle. L’organisation ne pouvait faire moins que d’offrir à Champian un Steinway demi-queue et c’est avec délectation et une magnifique robe aux couleurs éclatantes qu’elle s’installe derrière. Avec Philippe Soirat derrière les fûts et Gilles Naturel à la contrebasse, sa section rythmique est l’une des toutes meilleures possible de l’hexagone. Champian est arrivée en France l’avant-veille, depuis New York et après une longue tournée en bus qui l’a conduit de la Caroline du Sud au Massachussetts. Elle est cependant toujours aussi disponible, gracieuse et souriante; mais c’est surtout au piano qu’on peut voir ses yeux briller lorsque ses doigts virevoltent sur le clavier pour un résultat à son goût ! Après un départ sur les chapeaux de roues et «I cried for you», ils ont judicieusement entremêlé titres chantés et instrumentaux. Ainsi avons-nous entendu des chansons connues comme «What a difference a day made» qui lui a permis de nous parler de Dinah Washington, le bluesy “He’s funny that way” “The very thought of you” ou encore «Too marvelous for words» certainement en référence à Nat King Cole. Champian possède une voix expressive, une diction claire, un immense sens du rythme mais son plus grand trésor est dans ses doigts. Nous avons eu droit à de bien grands moments avec des plages instrumentales issues de son nouvel album … judicieusement baptisé ‘Speechless’. Elle nous a ainsi proposé «Somebody stole my gal», seul nouveau titre qui ne soit pas de sa main, mais aussi «Later gator» qu’elle a dédié à Lou Donaldson ou «Lullaby for art» qu’elle nous dit avoir composé en pensant à Art Blakey. Nous étions là en face du classique ‘piano trio’ dans sa version très grande classe. Juste le jazz comme nous l’aimons ; merci madame du grand art  ! Cependant, les spectateurs se sont beaucoup plus dirigés vers l’album chanté que vers le dernier strictement instrumental … un mystère.
Vidéo: https://youtu.be/WAa543CCiIU

Samedi 3 juin, seconde soirée phare aux ‘Halles de Gascogne’ de Léognan : du blues  Vidéo: https://youtu.be/uw5nosI55NQ
Tout aussi traditionnellement, la soirée du samedi est consacrée au blues et, à l’instar du jazz hier, cette édition est offerte à des chanteuses.
C’est le ‘Gaëlle Buswell Quartet’ , qui ouvre le bal, une chanteuse dont ‘Big Beat Magazine’ vous a présenté un concert dans le numéro 26. Je ne vais donc pas vous répéter les lignes maîtresses de sa bio qui sont dans ce précédent numéro … et qui n’ont pas changé ! Rappelons seulement la composition du trio d’accompagnateurs avec Michaal Benjelloun à la guitare soutenu par une section rythmique confiée à Xavier Zolli (basse) et Steve Belmonte (batterie). La fois dernière nous vous parlions d’un concert dans un petit établissement, au début de la tournée de promotion de son nouvel opus et bon sang que j’adore ces lieux où s’établit rapidement une proximité entre artistes et public. Mais force est de constater que la fougue de cette belle artiste, parfaitement accomplie après des années de travail assidu, a besoin d’espace et nul doute que ce soir elle va surprendre bien du monde en ces lieux où une large scène lui est offerte ! Ses trois compères ouvrent seuls un court moment et
Gaëlle surgit, une guitare acoustique en bandoulière, pour «Dream set me free», le titre très ‘americana’ qui ouvre son dernier album. Un emprunt au CD précédent avec «The joker» et déjà elle occupe parfaitement toute la scène, sautant, allant jouer un coup avec Michaal puis avec Xavier ; le public est rapidement dans la poche. A partir de là, ils ont entrelacé les morceaux du nouvel album avec ceux du précédent. Ainsi «Secret door» pour lequel elle a empoigné une guitare électrique ou «Black delta dirt», plus country et où Steve utilisait une seule baguette et un maracas. Puisqu’on parle country, on a aimé «Wonderland» et son solo de slide qui a fait office de ‘pedal steel’ tandis que «25 Hours» fût dans un registre plus rock et donna l’occasion à Gaëlle et au bassiste de s’amuser comme des petits fous. Plus le set avançait, plus ils donnaient l’impression de se sentir chez eux, comme en famille et le public attentif et subjugué n’était certainement pas pour rien dans leur sentiment. D’ailleurs, lorsque le show s’est achevé sur «I don’t need nobody», un vieux titre extrait du tout premier album et durant lequel elle a parcouru la salle au pas de course, toute l’assistance s’est levée comme un seul homme, a exprimé longuement sa reconnaissance et réclamé du rab. Ils sont revenus pour une nouvelle chanson aux accents plus country, «Soldiers of love», mais déjà les spectateurs les plus avisés regardaient debout à proximité de la table ‘merchandising’ qui fût prise d’assaut durant tout l’entracte.
Une soirée démarrée en fanfare …

 

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